Dwelt

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Trois petits chats

Ecrit par Plume et Kal

 

 

 

 

L’angoisse et la tristesse.

Aucune raison précise, juste ces émotions qui s’accrochent, qui ne passent pas et qui sont suivit par une peur qu’il est trop jeune pour comprendre : celle de mourir.

Je recule la chaise de mon bureau, laisse tomber mes mains sur mes genoux. Je ne sais pas pourquoi Ethan est dans cet état, mais ça ne sert à rien que j’essaie de continuer à travailler. Je me lève donc, ramasse le plaid qui traîne sur mon lit et nous enveloppe dedans. Je ferme les yeux et m’allonge, laissant la place dont Ethan a besoin pour exprimer ses émotions, tout en l’enveloppant pour essayer de le rassurer. Du bout des lèvres, je lui murmure que l’on est en sécurité, que plus personne ne nous fera du mal, plus jamais.

Et je serre les dents quand je reçois une flopée d’émotions signifiant toutes la même chose : il sait où on habite.

Je sais que quoi que je dise, ça ne changera rien pour Ethan. Il ne comprend pas que le corps est désormais adulte. Il ne comprend pas que nous ne sommes plus sans défense. La seule chose qu’il comprend, c’est que le danger qui menace notre vie fait un mètre quatre-vingt et plus de cent kilos, et qu’il n’y a pas grand-monde qui pourrait rivaliser contre ça.

On rouvre les yeux, fixant le vide avec un sentiment de désespoir croissant lentement. Et puis notre regard accroche une paire d’yeux dorés, dissimulés sous le bureau, qui nous fixe avec curiosité.

Ethan gémit.

Le chat répond par un petit piou.

L’attention d’Ethan est captée et détournée du passé. Il imite le piou du chat, qui répond par un miaulement.

Et là, pour la première fois, Ethan met sa peur de côté et ressent de la joie : enfin quelqu’un d’extérieur avec qui il peut communiquer sans avoir à parler !

Parce que la parole fait peur à Ethan. A part pour me dire son nom, il n'a jamais prononcé un seul mot. Ca rend souvent la communication avec lui un peu floue, d'autant que ses émotions partent dans tous les sens. Après tout, il n'a que deux ans.

Le chat se lève, se rapproche, s’allonge à côté du lit et s’accroche au sommier pour se mettre sur le dos, nous fixant avec ses grands yeux dorés. Ethan émet un petit bruit de plus et le chat ronronne. Alors Ethan lui caresse le ventre, sa peur presque entièrement oubliée.

 

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Assis sur le bord du canapé, on est prêt pour aller en cours.

Aller en cours.

Ça veut dire prendre le bus, le métro, se mêler aux gens. C’est stressant, mais ce n’est pas ça qui nous pose le plus de problème.

Non, ce qui nous inquiète, c’est de devoir interagir avec les autres. Et si on se met à dissocier en plein milieu de la conversation ? Est-ce qu’on n’aura pas l’air bizarre ? Est-ce que l’un de nous ne va encore dire quelque chose d’étrange ?

Depuis qu’Erdian est là, notre vie sociale s’est améliorée. Il est littéralement fait pour ça et apprend très vite mais, à lui tout seul, il ne peut pas compenser toutes les bizarreries et déficits de tout le monde.

Alors le matin, avant d’aller en cours, on est tendu. Et ce matin, pour une raison encore inexpliquée, on est encore plus tendu que d’habitude.

Avec un petit soupir, on croise les bras sur nos genoux et on pose notre front par-dessus. Un petit roucoulement nous fait relever la tête : notre chat, intriguée, qui s’approche de nous. Elle se dresse sur ses pattes arrière, pose sa patte avant droite sur notre genoux et tend sa patte avant gauche vers notre visage. Elle nous donne deux ou trois petits coups, pat pat pat, avec un air interrogateur, puis nous renifle le nez.

A l’intérieur, une fois la surprise de ce geste inattendu passée, tout le monde fond et se détend un peu. Daem se laisse aller à sourire, Kal et Plume échangent un petit rire nerveux qui fait redescendre la pression. Et une vague d’amour nous soulève tous.

On l’aime, ce chat.

 

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Elle semble toujours savoir quand c’est le moment pour elle d’intervenir. Que l’on soit mal ancré dans le moment présent, en train de dissocier ou au bord du flashback, ou que l’anxiété monte et nous submerge, elle le sent et réagit en conséquence.

Elle vient quémander des caresses ou essaie d’attirer notre attention en courant partout en roucoulant aussi fort qu’elle le peut ou en faisant une « bêtise » comme ouvrir les placards ou faire ses griffes sur le sommier du lit.

Et puis parfois elle s’approche de nous et, tout doucement, nous tapote la joue.

Un petit pat pat pat, comme pour s’assurer qu’on est toujours là et qu’on va le rester.

 

 

 



03/11/2018
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