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Tout va bien... ou plutôt en a l'air

Ecrit par Plume

 

 

 

 

"Faire comme si tout allait bien"

J'ai été créée pour ça.

Faire comme si tout allait bien, ne rien montrer des émotions qui peuvent nous secouer, ne surtout rien laisser paraître qui pourrait être utilisé contre nous. Etre une fille normale, calme, sans problème apparents. Jamais, ne jamais montrer de signe de peur.

Au cours des quatorze ans que j'ai passé à vivre avec mes deux parents, seuls ceux qui étaient très, très proches de la famille ont pu se rendre compte de ce qui se passait avec mon père. Mais qui a un jour soupçonné l'enfer que je vivais ?

 

Personne. Pas même ma mère. Pas même moi.

 

Les souvenirs se sont quasiment effacés. Quelques traces, çà et là, des émotions qui flottent dans le néant, ou des morceaux de souvenirs tellement détachés de toute émotion qu'ils en perdent leur sens. Et j'ai l'impression que mon passé ne m'appartient pas.

Parfois je me demande si j'étais la seule hôte à l'époque, si nous n'étions pas plus fluctuant que maintenant, au point que personne n'a l'impression que ce tas de souvenirs lui appartient.

Dans tous les cas, le fait est là : mon rôle est d'avoir l'air aussi normal que possible, et malheureusement, je le joue à la perfection.

 

Je ne suis pas du genre à partager mes moments de doute, de faiblesse, de douleur. Notre histoire m'a appris que ça ne faisait que donner des munitions aux gens que j'avais en face, et qu'ils n'hésiteraient pas longtemps avant de me tirer dessus. Passer au-dessus de ce fait qui a été appri et confirmé, re-confirmé très tôt est difficile et c'est un peu devenu un réflexe.

Faire comme si tout allait bien.

C'est aussi bien le cas avec les étrangers qu'avec des gens que je connais depuis des années. Ma propre famille ne peut savoir si je vais mal que si j'ai décidé de le laisser voir. Et c'est très rare.

 

Comme dit plus haut, c'est un réflexe. C'est automatique. Un coup de balais et hop ! je ne pense plus à ce qui fait mal, je me concentre uniquement sur ce qui est en train d'arriver, et je remets la souffrance à plus tard.

Ou alors je serre les dents, cache tout ça derrière un sourire, et fais magnifiquement semblant.

Mais je n'ai plus six ans.

Je ne peux plus me contenter d'oublier.

Il arrive un moment où il faut parler, chercher du soutient, ou bien souffrir longtemps, jusqu'à ce que le problème s'estompe.

 

Le souci à présent, c'est que j'ai peur de parler, et ce pour deux raisons.

La moitié du temps, le problème concerne aussi un autre membre du système, et je n'aime pas dévoiler les faiblesses des autres. C'est trop personnel, trop intime, et bien souvent, trop dangereux à leurs yeux.

L'autre moitié du temps, j'ai juste peur de la réaction de la personne en face. Plusieurs fois déjà, j'ai fini par parlé après que le problème se soit déroulé, pour me protéger tout en m'ouvrant à l'autre, espérant un message de soutient, de compassion, juste un signe que quelqu'un avait entendu et vu que j'avais eu mal ou que j'avais encore mal. Et plusieurs fois déjà, j'ai eu droit à des reproches :

 

"Pourquoi tu n'en a pas parlé avant ?"

 Et sa variante "Tu aurais dû m'en parler plus tôt !"

 Avec leur amie "Pourquoi tu n'as rien dit ?"

 

Et c'est sans compter les gens qui sont restés frustrés par mes "je sais que je devrais faire ça ou penser plutôt ça mais je ne suis pas encore prête, ou je suis en train de travailler dessus ou je fais de mon mieux" face à leurs conseils bien-pensants ; puis leur désarrois quand je me ferme et ne dis plus rien.

Leur incompréhension, aussi, quand ils découvrent que je suis finalement allée parler à quelqu'un d'autre, et que j'évite plus ou moins habilement de leur expliquer pourquoi.

Comment suis-je censé dire que toutes leurs réactions, que ce soit en me répétant ce que je sais déjà, en cherchant à me guider, ou en me reprochant de ne pas en avoir parlé tout de suite, m'ont donné l'impression que je n'étais pas écoutée ? qu'ils cherchaient à me contrôler ? que je n'étais pas en sécurité sur le plan émotionnel avec eux ?

Enfin techniquement, c'est simple à dire : Je ne me sens pas en sécurité avec toi. Huit mots, une phrase, et tout est clarifié.

Le vrai soucis, c'est que ce n'est pas simple à entendre pour la personne en face. Et je préfère généralement éviter les disputes, aussi puérile que soit cette réaction.

 

Vraiment, quand quelqu'un vient vous parler d'un de ces problèmes, faites attention à ce que vous dites.

Si le problème vient de votre comportement à un moment donné, ne le prenez pas comme une offense pour vous.

Si le problème est extérieur à vous, n'essayez pas de le résoudre à la place de votre ami, et évitez les conseils qui n'ont pas été demandé.

Ne comparez pas votre expérience à celle de l'autre. Vous n'êtes pas les mêmes personnes.

Ne cherchez pas à changer de sujet si l'autre personne ne le tente pas elle-même.

Oubliez-vous un peu.

Essayez plutôt de montrer de la compassion. Car c'est une chose que de la ressentir, mais trop souvent on oublie de la montrer.

Quand on cherche quelqu'un à qui se confier, on ne cherche pas des reproches ou des leçons. On ne cherche pas à être absolument compris. On cherche à être, pour une fois, entendu et que notre douleur soit reconnue plutôt que cachée ou ignorée comme elle l'a trop souvent été.

 

Pensez-y la prochaine fois.

 

Parce qu'au bout d'un moment, on finit par regarder autour de nous et par avoir l'impression d'être seul au milieu d'une foule de gens qu'on est censé aimer et qui sont censé nous connaître.

Mais qui, au final, se font tous berner par ce masque du "Tout Va Très Bien".

 



21/04/2017
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