Dwelt

Dwelt

L'amour entre alters

« I remember what it was like to first share someone's every thought and emotion. I was in love with Angelica from the moment our eyes touched. »

 

« Love inside a cluster is pathological. »

 

« Angelica believed a sensate experiences love in its purest form. »

 

« Love inside a cluster is the worst kind of narcissism. »

 

- Sense8

 

 

 

Ecrit par Plume

 

 

 

 

Les liens qui unissent deux alters sont des choses dont les multiples parlent rarement. On emploie des termes génériques : famille, frères et sœurs, figures parentales, etc. On évite de trop entrer dans les détails lorsque l’on n’est pas en compagnie d’autres multiples.

 

Deux alters peuvent avoir toutes sortes de relations. Le plus souvent, un système est formé sur une sorte de schéma pseudo-familiale, selon ce que le mot « famille » signifie pour lui. Pour nous, par exemple, le mot « famille » n’est synonyme de sécurité que lorsque l’on parle de frères et sœurs. Le mot « parents » (et pire encore pour le mot « père ») nous fait nous sentir mal à l’aise parce que l’on a l’impression que, dans notre société, le mot « parents » est synonyme de « propriétaires ». Alors qu’en face, les frères et sœurs se soutiennent et se protègent quoi qu’il arrive.

Notre système se voit donc comme une fratrie, à quelques exception près. Les figures « parentales » sont perçues comme des « grands frères » et des « grandes soeurs », les plus jeunes sont les « petits frères » et les « petites soeurs ».

Pour d’autres systèmes, ce seront des « oncles » et des « tantes ». Pour d’autres encore, qui n’ont pas rattaché de sens négatif, ou qui ont réussi à préserver le sens positif des mots « père » et « mère », il pourrait y avoir des « figures paternelles » et « maternelles » qui pourront être appelé père et mère par certains (voire tous) les membres du système.

Les liens de frères et sœurs sont aussi différents. Certains se rapprocheront plus d’une simple amitié, d’autres se déclareront jumeaux.

 

Comment j’en parle, on pourrait croire que cet affection entre les membres d’un système est inné. C’est loin d’être le cas. Mais même quand deux alters se détestent, même quand il y en a un qui essaie de saboter ce que font les autres, il y a toujours une volonté sous-jacente de protéger le système. Une fois que l’on a compris ça, éprouver de la compassion envers le reste du système est plus facile, et s’attacher les un aux autres, plus simple.

 

Ça, c’est pour la version simple des liens entre les alters d’un même système. Mais quand la communication s’ouvre vraiment, quand on commence à pouvoir percevoir les pensées, les émotions, les peurs, les espoirs, les incertitudes, à pouvoir communiquer sans parasites, avec des probabilités de mésinterprétation presque nulles, quand on n’a plus besoin de dire mais juste de partager et de ressentir, ça créer une compréhension quasiment parfaite et des liens qui sont incroyablement forts.

Et personne autour de nous ne peut comprendre ça, pas à moins d’être multiple également.

 

Alors quand un alter tombe amoureux d'un autre alter du même système, on n’ose pas en parler, surtout quand on est l’hôte ou le manager externe du système. Notre entourage s’attend à ce que l’on trouve quelqu’un d’extérieur, comment sommes-nous censé leur dire qu’aucune personne extérieure ne pourra égaler ce que l’on a déjà à l’intérieur ? Comment expliquer ça sans que ça donne l’impression que l’on est un narcissique au dernier degré ?

Et puis il y a aussi le fait qu’en tant que système, en tant que « Tout », on recherche aussi quelqu’un d’extérieur. Comment expliquer que l’on soit en couple entre nous, et que l’on veuille aussi être en couple en tant que « Tout » ? Comment expliquer ce besoin d’être reconnu en tant qu’individus séparés mais aussi en tant qu’entité multi-consciente ?

Nous-même, on a déjà du mal à démêler tout ça, alors pour quelqu’un d’intégré et fusionné, qui n’est pas multiple comme nous, ça risque d’être d’autant plus difficile à comprendre.

 

Certains doivent se demander pourquoi c’est difficile. Après tout, ça à l’air clair comme je l’explique, non ? (ou pas)

Mais maintenant imaginez-vous votre partenaire avoir des relations amoureuses et sexuelles avec un autre alter de son système. Beaucoup d’entre-vous - moi la première, ironiquement - se sentiraient mis de côté, se demanderait ce qu’il fiche-là, à quoi il sert concrètement.

Alors comment peut on expliquer ça à quelqu'un d'autre ?

Souvent, on ne l’explique pas.

 

Pour ceux qui, comme nous, ne se sentent pas prêt à avoir une relation avec quelqu’un d’extérieur, on donne l’image d’éternels célibataires, de blasés de la vie, alors même que c'est loin d'être le cas. Pour ceux qui sont en couple, il y a souvent l’impression de tromper plus ou moins son partenaire.

 

Pourtant, l’amour au sein d’un système, si il est fort, n’est ni plus ni moins que l’amour partagé avec quelqu’un d’extérieur. Si, au sein d’un système, il est déclenché par une compréhension quasiment parfaite, une envie de protéger très forte, et le fait que beaucoup d’entre-nous sont créé en duo (protecteur et protégé), les sentiments qu’il impliquent sont différents de ceux que l’on ressent avec une personne extérieure.

Parce que la personne extérieure, elle n’est pas dans notre tête, elle ne peut pas deviner ce qui s’y passe. C’est une chose qui peut être difficile à assimiler, autant parce qu’on prend vite l’habitude d’une communication et d’un partage (plus ou moins) fluide avec notre système que parce que, pour survivre, on a dû apprendre à être hyper-sensibles aux humeurs des autres, à vite les comprendre et les cerner, et on a dû mal à imaginer que la majorité des gens ne sont pas aussi sensibles que nous. Mais une fois qu’on a comprit et assimilé que les gens extérieurs ne sont pas comme nous, c’est d’autant plus étrange que de les aimer, et encore plus que d’être aimé par eux. D’être aimé, d’avoir quelqu’un qui, même si il ne comprend pas toujours tout, même si on peut être très chiant ou déstabilisant, sera toujours là, nous acceptera toujours et essaiera quand même d’en comprendre le plus possible.

 

Il y a donc d’un côté l’amour grâce à une compréhension presque totale, et de l’autre l’amour malgré des zones d’incompréhension. Les deux sont forts, et si en tant qu’alter, on cherche souvent le premier, en tant que « Tout », c’est le second que l’on espère le plus.

 



20/10/2018
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 9 autres membres