Dwelt

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Personne n'a jamais rien vu

Ecrit par Plume

 

 

 

 

On ne le répétera jamais assez, les troubles dissociatifs sont des troubles qui sont rois dans l'art de passer inaperçu. Même lorsque l'on sait quoi chercher il arrive que l'on ne trouve rien, soit à cause du déni, soit parce que la personne dans sa totalité a un fonctionnement qui semble optimal. C'est d'autant plus difficile à détecter chez les enfants.

 

Je suis tombée il y a quelques temps sur un article qui décrivait les différents signes que les professeurs devaient chercher qui pouvaient indiquer qu'un enfant est maltraité. Il était relativement complet, décrivant autant les signes physiques que psychologiques. Mais avec les troubles dissociatifs de type multiplicité, il faut être quelqu'un d'hypersensible pour savoir détecter les signes psychologiques, parce qu'ils apparaissent à un niveau tellement subtile (quand ils apparaissent) qu'ils peuvent être totalement invisibles pour la majorité des gens.

L'explication ? La personnalité qui va à l'école n'est pas la même que celle qui subit les abus et elle n'a qu'une vague conscience du danger qui jalonne sa vie.

 

Notre cas est une illustration parfaite de comment, d'un point de vue extérieur, une famille dysfonctionnelle et un enfant en situation d'abus peuvent passer totalement inaperçus.

 

 

 

D'aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours vécu l'école et la maison comme deux mondes totalement différents, deux réalités séparées. La moi à l'école était plus sûre d'elle, recherchait l'attention et la validation des professeurs (quand Erdian, Linda et moi étions encore la même personne), tandis que la moi à la maison se tenait à l'écart des adultes et/ou tentait de se faire oublier par tous les moyens.

De façon générale, j'étais une enfant calme, généralement obéissante, très mature pour son âge. Les deux derniers points avaient tendance à provoquer un phénomène de "tout ou rien" avec mes professeurs : soit je comprenais leurs demandes et leurs ordres, y obéissais et ils m'adoraient ; soit je ne les comprenais pas, refusais d'obéir et je devenais une source de frustration immense pour eux.

Je dois cette capacité à dire "non" aux figures d'autorités à ma mère, qui m'a éduquée dans l'idée que les adultes ne sont pas infaillibles, et que si je ne comprends pas un ordre ou ne veux pas faire quelque chose parce que je trouve ça dangereux, j'ai le droit de m'y opposer. Ma mère elle-même m'expliquait toujours le pourquoi de ses punitions et n'hésitait pas à se dresser devant mon père quand elle estimait qu'il allait trop loin dans ses propres punitions. De fait, j'ai très vite appris à accepter mon sort quand je l'avais mérité mais aussi à me battre quand j'estimais que la punition était injuste. Et dieu ce que l'on peut être têtu...

C'est ce qui a fait que l'on n'a jamais été véritablement soumis à mon père : on savait qu'on avait raison, il pouvait toujours essayer de nous écraser...

Ma façon de me battre a toujours été soit très bourrine (Plume), soit au contraire très subtile selon la personne que j'ai en face (Claude).

Je pouvais donc autant être une enfant adorable que le pire cauchemar de mes profs. Cela dit, ça ne m'est arrivé qu'une seul fois d'en venir à la guerre psychologique avec un prof.

Mais bref, ce n'est pas le propos.

 

J'ai toujours aimer apprendre, aussi ce n'était pas rare que je passe mes récréations avec mes professeurs, ou que j'essaie de me faire toute petite à table lorsqu'on avait des invités à la maison afin de pouvoir continuer à écouter les conversations autour de moi. Je ne comprenais pas toujours tout, mais j'apprenais énormément lors de ces moments et j'adorais ça.

Je pense que c'est ce qui a fait que la très grande majorité de mes professeurs m'aimaient bien, et que je passais pour un fayot auprès des autres élèves... alors que j'étais la première à enfreindre les règles quand je le pouvais, ayant aussi été élevée par un père dont la devise était "tu peux faire ce que tu veux tant que tu ne te fais pas prendre, sinon...". Pas besoin de préciser que je ne me suis jamais fait prendre. En général j'étais même assez habile pour que mes parents me couvrent sans en avoir conscience.

 

La seule ombre au tableau, c'était ma timidité.

J'allais difficilement vers ceux de mon âge, je préférais mes bouquins, je ne participais pas en classe quand bien même je connaissais les réponses. Ca a frustré quelques uns de mes professeurs, qui ont tenté de me faire participer de force, de me faire venir au tableau en pensant que la pression sociale me ferais dire quelque chose, sans succès. Je préférais baisser la tête et passer pour une idiote plutôt que d'ouvrir la bouche et de laisser le moindre son en sortir.

Chaque année, je me disais que j'allais faire mieux que la précédente, mais chaque année ça recommençait et il suffisait d'un trimestre pour que je devienne, aux yeux des professeurs, cette gamine qui a des capacités mais qui n'essaie même pas de surpasser sa timidité. Celle qui ne fait pas d'effort, celle qui se cache.

Les profs ne comprenaient pas : j'avais les connaissances, j'avais manifestement une certaine assurance (mon alteraction avec quelques garçons au primaire puis avec ma prof d'anglais au collège ont laissés des traces dans certaines mémoires...), alors pourquoi est-ce que je me figeais comme ça lorsqu'il s'agissait de participer en classe ?

Mes parents (enfin plutôt devrais-je dire ma mère) ont été convoqué une fois ou deux, ce qui n'a pas aidé : j'avais des parents compréhensifs, qui me soutenaient, le problème venait donc forcément de moi. Qu'est-ce qui n'allait pas dans ma tête pour que je refuse ainsi de participer en classe ?

Mais comment expliquer l'angoisse terrible qui me glaçait les entrailles dès que j'entendais mon prénom ? Comment j'étais censée expliquer la sidération que cela déclenchait, que je ne pouvais pas combattre, et qui me coupait la parole ? Je n'avais pas les mots, j'en avais honte, cela m'angoissais d'autant plus et m'empêchait encore plus de m'exprimer.

 

Aucun de mes professeurs n'auraient jamais pu soupçonner qu'à onze ans, j'avais une conscience aiguë de la mort grâce "jeux" de mon père. Moi-même, je faisais de mon mieux pour ne pas y penser. C'était compartimenté dans un coin de ma tête, c'était arrivé à quelqu'un d'autre. Ca donnait l'impression d'un rêve. Au final, si on m'avait demandé, jamais je n'aurais été capable de parler de ce qui arrivait à la maison parce que je ne m'en souvenais pas vraiment, et une fois dans cet autre monde qu'était l'école, je l'occultais encore plus.

Je sentais confusément que quelque chose clochait, mais ce n'était pas grave. Ces choses étaient arrivées à Daem, Alexis, Nicolas, Claude, Ethan, Caissie, mais eux n'avaient pas leur place à l'école. Ils n'avaient pas leur place dans une vie normale. Il n'y avait que moi, Erdian, Alix, Linda et Nathan qui avions une place. L'écolière, le sociable, celles qui voulait plaire et l'enfant joyeux.

 

Notre cerveau, lui, n'oubliait pas et a fini par voir la moindre marque d'attention comme un danger. Et comme le fait de rester figé faisait que cette attention finissait par disparaître, il en déduisait que c'était la conduite la plus appropriée et recommençait.

Petit à petit, ça a contaminé les autres types de marques d'attention, jusqu'à devenir une véritable phobie sociale. Ce faisant, Erdian, Alix et Linda ont perdu leur place dans le monde normal. Ils devenaient une source de risque, alors ils ont été séparés du reste.

 

Les autres me font peur parce que si ils interagissent avec moi, ils prêtent attention à moi, or du point de vue émotionnel, ça a été plus souvent négatif que positif. Alors quand j'interagis avec quelqu'un que je ne connais pas ou peu, j'ai tendance à paniquer intérieurement et à chercher à ne pas faire de bêtises, pour ne pas que l'on puisse me faire de reproche. A éviter la punition que seraient des moqueries ou le rejet. Ca donne tout un tas de réactions étranges...

 

Personne n'aurait imaginé que des choses aussi fortes se débattaient en moi. Les signes étaient trop subtiles. Et puis qui pourrait seulement imaginé qu'une fille de onze ans puisse être aussi angoissée ?

Personne n'aurait imaginé l'enfer que pouvait me faire vivre mon père. Là encore, les signes étaient trop subtiles. Et puis qui pourrait seulement imaginer que cet homme si charismatique et et symapthique puisse pendre sa fille par les chevilles, tête en bas par-dessus la rambarde du balcon, et rire pendant qu'elle hurlait de terreur ?

 

Au yeux du monde extérieur, j'étais une enfant joyeuse, calme, mature, réfléchis, imaginative, qui aimais apprendre, qui avais de très bonnes notes, et qui aurais pu vaincre sa timidité si elle avait seulement essayé.

 

Parce qu'avec les parents que j'avais, c'était forcément de ma faute, n'est-ce pas ?

 



07/07/2018
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