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« Les gens vont, viennent et repartent »

Ecrit par Plume, Kal et Daem

 

 

 

 

« Les gens vont, viennent et repartent »

On ne l’a dit pas plus tard qu’hier. On y est résigné.

 

Cela fait au moins un mois que le dernier membre de notre groupe d’amis a… disparu ? Je suppose que c’est le terme. On n’en a pas d’autre en tête, de toute façon. On dit « au moins » parce qu’aucun de nous n’a le courage d’aller chercher la date précise, si tant est qu’on l’ait noté.

Ce que l'on retire de cette histoire, c'est qu'il semblerait que l’on soit facile à oublier.

 

Pas plus tard qu’avant-hier, on apprenait que la première personne que Plume ait fréquentée sérieusement ne l’avait vu que comme un essai, un test, un bouche-trou parce que l’individu en question ne pouvait pas avoir l’autre personne qu’il désirait.

 

Les gens vont, viennent et repartent.

Et l’on s’enfonce un peu plus dans la honte et le dégoût de nous-même à chaque fois.

Qu’est-ce qu’on fait qui pousse les gens à nous blesser ? à partir ?

Qu’est-ce qu’on ne fait pas correctement ?

Quelle étape a-t-on raté ?

On essaie de comprendre, mais personne ne nous donne d’explication claire.

Les gens disparaissent le plus souvent sans un bruit.

On n’a eu droit à une réponse que deux fois :

« Non mais ça ne vient pas de toi ». et « Je t’avais oublié en fait».

 

Oubliable.

Inutile.

Isolé.

 

On a peur de former des liens maintenant. On avait tous, plus ou moins, le désir d’avoir des amis, de s’attacher aux gens, de se sentir bien dans un groupe - ou même juste avec une seule personne. Mais maintenant, c’est effrayant.

Les gens mentent.

Les gens trahissent.

Tout est toujours un jeu de celui qui manipulera le mieux l’autre.

De celui qui aura le plus d’emprise sur l’autre.

On est les meilleurs à ce jeu.

Et personne ne reste.

Dès qu’on commence à se rapprocher, à s’ouvrir, à être honnête, les gens disparaissent. Les seules personnes avec qui l’on a encore des contacts sont ceux qui n’ont jamais été proche de nous… et que l’on ne veut pas proche de nous, la peur d’être à nouveau abandonnés est trop forte.

 

On voit les autres, avec leurs amis, qui sortent, partagent de bons moments, apprécient être ensemble. Et on désire tellement pouvoir avoir ça, nous aussi.

Mais à chaque fois que l’on a l’impression qu’enfin on le touche du doigt, ça nous est arraché, toujours avec plus de violence.

 

On est devenu multiple parce que l’on était seuls, suffocant dans le chaos.

Le chaos a en grande partie disparue, mais on continue d’avoir l’impression de se noyer.

Et notre corps, en bon miroir, évacue tout ça sous forme de douleurs physiques. La dernière en date, ce sont des crampes au diaphragme. On a l’impression d’être poignardé juste sous la cage thoracique, la douleur étant telle qu’elle peut nous réveiller la nuit, nous forcer à nous accroupir en plein milieu de la rue le jour, nous laisser là tremblant, haletant, nauséeux à cause de la douleur, presque incapable de respirer. Pourtant on encaisse très bien la douleur, d'habitude. Normalement, personne ne voit rien si on ne le veut pas. Là, on en est quasiment incapable et, quand la douleur atteint un pic, c'est un miracle si on arrive encore à rester debout. 

Et les crises d’angoisse, l’impression que l’on va crever, ne sont bien évidemment jamais bien loin.

 

Mais on essaie de rester forts. On ne montre rien. On pleure à l’intérieur, on reste stoïque à l’extérieur. Personne n’est au courant de tout, on garde (gardait) les détails sordides et honteux pour nous.

Parce que si Daem ou Plume se payait le luxe de craquer, tout le système s’écroulerait. On doit continuer, avancer, aller en cours, étudier, travailler… tout en ayant l’impression d’être broyés de l’intérieur.

Alors on ne montre rien, pour ne pas risquer de s’effondrer.

A la question « ça va ? » on répond de façon superficielle, on détourne l’attention pour ne pas avoir à donner de réponse franche, claire, nette et précise. On a peur de ce qui se passerait si on osait laisser échapper un « non »...

 

Et la violence de ces émotions, c’est Kal qui se les prend de plein fouet. C’est lui qui extériorise pour nous, en plongeant jusqu’au cou dans l’auto-destruction.

Et quand la douleur est trop forte, comme en ce moment, il glisse par instant dans l’inconscience.

Et ceux qui restent serrent les dents et encaissent la sensation de vide, de manque, qui accompagne l’absence de l’un d’entre nous, en essayant de la contenir pour ne pas que ça affecte le monde extérieur.

 

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond ?

Qu’est-ce que l’on fait de mal ?

Pourquoi est-ce que tout le monde disparaît ?

Pourquoi … ?

 

On aimerait juste comprendre.

Depuis le début, on essaie de comprendre.

 



26/10/2018
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