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Les amnésies

Ecrit par Plume

 

 

 

 

Avant, quand j'avais des trous de mémoire, je passais outre. Ou bien je les poussais dans un coin jusqu'à les oublier.

Bref, instinctivement, j'essayais de ne pas y prêter attention.

Mais l'amnésie, qu'elle soit grosse ou petite, ça peut être dangereux. Quand les gens se rendent compte qu'on a une mémoire-passoire, certains essaient vite de l'utiliser à leur avantage. Ça aussi, je l'ai compris instinctivement. C'est pour ça que, quand mon déni est finalement tombé au sujet de mon système et des différents symptômes que l'on pouvait avoir, j'ai tout de suite commencé à prêter plus d'attention à ces trous de mémoire.

D'où la création de notre bullet journal, et depuis quelque temps, de deux autres cahiers : notre journal factuel au jour le jour, et notre journal des souvenirs. Je reviendrais dessus plus tard.

 

Ne pas se souvenir, en soi ça ne pose pas de problème. Sauf quand on remarque que l'on ne se rappelle pas, quel que soient les efforts que l'on fait pour essayer de retracer la scène, pour demander aux autres etc. ça peut être frustrant et ça peut faire peur : qu'est-ce qu'on a fait, ou qu'est-ce qu'on nous a fait, pendant ce laps de temps manquant ?

On voit nos souvenirs comme des photos : certaines sont dans une grosse boîte et tout le monde y a accès, d'autres sont dans des albums privés, propres à chacun d'entre nous. Et puis des fois, il y a des photos qui tombe par terre et on met une plombe à les retrouver - si tant est qu'on les retrouve.

Ça peut être incroyablement frustrant. Se rappeler être rentrer dans une pièce, en être sortit, mais ne pas se souvenir de ce qu'on à fait à l'intérieur, ça peut être rageant.

 

Nos amnésies sont très liées au stress et à la co-présence. Individuellement, on a une bonne mémoire, mais dès que l'on est deux en même temps, ça devient tout de suite plus flou, parce qu'on ne se rappellent chacun qu'une partie des sensations. Souvent, je vais me souvenir du langage corporel, de la façon de parler de l'autre et des émotions qu'il y avait en jeu, tandis que le reste du système se souviendra plus du contenu de la discussion (et comme tout le monde n'a pas une mémoire auditive aussi performante que la mienne, c'est parfois très approximatif...). Mais du coup, comme on sait que l'on ne va se souvenir que de la moitié de ce qui a été dit, on fait deux fois plus attention et en général, ça va.

Le problème, ce sont vraiment les amnésies dues au stress. On ne les voit pas venir, et on ne s'en rend compte que quelques jours après, sinon des mois : oublier que l'on a passé tel examen, de ce qui s'est passé durant tel autre, ne plus savoir si on a bien déposé notre CV à la mairie, etc.

Et enfin, les pires ce sont les amnésies sans réel déclencheur, ou du moins sans déclencheur identifiable. Celles-là sont encore plus sournoises et n'ont aucune logique. Ce sont plus souvent des micro-amnésies, comme oublier qu'on était en train de vider le lave-linge et n'étendre que la moitié de la lessive, ouvrir un onglet internet et ne plus savoir ce qu'on voulait chercher, rentrer et sortir d'une pièce quatre fois parce qu'à chaque fois qu'on y entre, on oublie ce qu'on voulait y faire, pour s'en souvenir sitôt sortis, etc. Ces micro-amnésies, elles sont quasiment quotidiennes et on y est habitué et on fait avec. Mais les amnésies plus importante, comme oublier où est rangé le passeport, ou tout autre document important, ou bien ne plus savoir du tout ce qu'on a fait deux jours avant, ça c'est autrement plus difficile à vivre.

D'où la création de notre journal factuel et de notre journal des souvenirs.

 

Notre journal factuel est un cahier où, chaque jour, on note la date puis les évènements plus ou moins marquants de la journée. Par exemple :

 

Vendredi 25 Mai 2018 : mise en ligne ArtTrade ; mise en ligne YCH2 ; Poste dossier Crous ; Mairie ; chemin derrière la maison ok chien ; mise en ligne photos chaton

 

Court, clair (pour nous) et concis. Ça évite de nous décourager d'écrire, et ça nous permet de savoir ce qui s'est passé et quand.

 

Et à côté, on a notre journal des souvenirs. Lui est beaucoup moins joyeux.

On l'a commencé parce qu'on s'est rendu compte que beaucoup des souvenirs de notre enfance partaient et revenaient, et qu'il y avait des moments où on se regardait en se demandant ce qu'on fichait là.

On a donc prit une feuille et noté en une phrase tous les souvenirs qui nous revenaient. On n'a pas pus faire ça plus de cinq minutes parce que c'est vite devenu épuisant psychiquement parlant, mais on a prévu de recommencer jusqu'à ce que tout soit noté.

Bref, une fois que l'on a eut fini de tout écrire, j'ai tout remis au propre sous cette forme :

 

Age : approximatif Vue : première, deuxième, troisième personne Date : approximative

Alter : alter(s) impliqué(s)

Lieu : lieu où s'est déroulé le souvenir

Description : description simple et factuelle du souvenir, plus pour le ramener à la conscience que pour l'expliquer

 

Je ne vais pas mentir, aucun d'entre nous n'aime remplir ce journal-là. La dernière fois qu'on l'a fait, c'était le 15 Mai, et aucun d'entre nous n'est pressé de recommencer. Mais personnellement, j'aimerais pouvoir avoir enfin une chronologie claire de ma vie, plutôt que des morceaux de souvenirs qui se baladent par-ci par-là. Une fois que le cahier sera plein, je compte tout saisir sur ordinateur pour l'organiser chronologiquement.

 

Mais oui, l'amnésie, ça peut vraiment être chiant. Rien que ce matin, j'ai eu droit à deux révélations.

La première, c'était alors que je discutais de mes notes avec une amie. Je me suis rendue compte que j'avais oublié l'existence de trois contrôles après les avoir passé et que je ne me souvenais plus en quoi avait consisté un quatrième (pourtant le plus important). Merci le stress.

 

La seconde, c'était alors que je remplissais le tracker de sommeil de mon bullet journal et vérifiait ce que j'avais à faire pour aujourd'hui. Je me suis rendue compte qu'on avait oublié de cocher les choses à faire hier et, en regardant dans notre journal factuel, que l'on avait aussi oublié de le remplir pour hier. La seule chose qui était faite, c'était le tracker de sommeil.

Ça m'a bien prit dix minutes pour me rappeler de ce que j'avais fais hier, dix minutes à paniquer, à confondre hier et avant-hier, à aller regarder mes conversations skype pour voir ce que j'y avais écris et essayer d'avoir un indice...

Maintenant je m'en souviens, du moins à peu près. Il faut encore que je vérifie mes cours pour voir si on a révisé hier ou pas.

 

S'organiser pour que cela n'arrive pas trop souvent aide beaucoup, mais il n'empêche qu'il y a, et qu'il y aura toujours, des moments de blancs complet, où l'on se regarde les uns les autres en se demandant si quelqu'un se souvient de quelque chose, n'importe quoi, par rapport à la situation qui est évoquée. Souvent, l'un d'entre nous finira par mettre la main sur une bribe de souvenir, mais il arrive aussi que même après qu'on nous ait raconté ce qui s'est passé, aucun de nous ne s'en souvienne.

Ça me fait parfois peur. On a beau être vigilent, quand l'amnésie arrive, on n'y peut rien, et dieu seul sait ce que l'on pourrait oublier.

 

Enfin bref, bon courage à tout ceux qui vivent la même chose que nous.

Et bon courage à tout ceux qui passent des examens bientôt !

 

 



07/06/2018
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