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Le bonheur, on y a droit

Ecrit par Plume

 

 

 

 

On dit que les animaux aident beaucoup les gens qui ont vécu des traumatismes. Là-dessus, je ne peux qu'être d'accord.

Un animal, c'est d'abord une façon d'apprendre à s'attacher à un autre être sans craindre d'être blessé. Un animal ne ment pas, et tant qu'on ne lui fait pas de mal, il s'en fiche de votre santé mentale.

C'est aussi du réconfort.

Ça donne une raison de se lever, de sortir, de faire attention à soi.

Ça donne envie de s'occuper d'autre chose que de soi, et d'une façon qui soit saine.

Dans le cas d'un système, ça peut donner un but commun, une chose sur laquelle tout le système sera prêt à se concentrer et à faire des efforts pour coopérer.

Et ça peut permettre d'apprendre des choses sur soi.

 

Jusqu'à encore récemment, je pensais être heureuse. Mais depuis que notre projet d'avoir un chaton s'est concrétisé, que l'éleveuse nous envoie des photos de lui une fois par semaine, que ma famille nous demande des nouvelles et que l'on prépare l'appartement, j'ai vu la différence.

Je n'étais pas heureuse, j'étais satisfaite.

Maintenant que je suis heureuse, que l'on est tous plus optimiste, je découvre que ce sentiment est est un trigger pour certains d'entre nous.

 

Nico, Ethan et moi avons du mal à y croire.

Nico et Ethan sont trop jeunes pour vraiment savoir ce qui leur fait peur, mais on a recommencé à avoir des problèmes pour s'endormir.

Quant à moi, j'alterne entre l'espoir et le sentiment qu'une catastrophe va nous tomber sur la tête. La seule chose qui m'évite de céder à la panique, c'est que je sais pourquoi j'ai ce sentiment.

 

Quand j'étais plus jeune, tout ce que j'avais étais constamment menacé. Si je n'obéissais pas, mes peluches risquaient de passer à la poubelle, on donnerait mon chat, mes livres, et j'en passe.

Trop m'attacher à quelqu'un revient à faire planer la menace (réelle ou imaginaire) que représente mon père sur cette personne ou cet animal.

Et puis il y a le fait que chaque bons moments que je pouvais passer, il s'assurait de les gâcher.

Une après-midi à la piscine chez des amis de la famille ? Si il nous rejoignait dans l'eau, je savais que j'allais finir à moitié noyée à un moment où à un autre.

Un jeu dans le jardin ? Je n'avais pas intérêt à me faire attraper ou à rester à portée parce qu'il finirait immanquablement par me faire mal.

Un cadeau « spontanément » offert ? Il y avait toujours un prix à payer ensuite, rien n'était gratuit avec lui.

 

Voilà ce que l'on a appris tout au long de notre enfance : le bonheur à un prix.

Et bien que l'on sache tous que mon père est à 200km d'ici, bien que ça fasse huit ans que l'on ne vit plus avec lui, ce réflexe de chercher d'où va venir la douleur est toujours présent.

Alors dans la mesure où tout le système attend ce chaton avec impatience (plus ou moins selon les individus, mais au final tout le monde est contant de cette boule de poils), je vous laisse imaginer la taille de la catastrophe qu'on s'attend à se prendre sur le coin de la tête...

 

C'en est presque frustrant que de ce dire que même le bonheur est suivit d'anxiété, justement parce que c'est le bonheur. Frustrant et énervant.

 

Alors je me le répète, je le répète à Nico et Ethan, les autres nous le répètent, plusieurs fois par jour :

 

Ce bonheur, on y a droit.

Il n'arrivera rien.

On peut y croire.

On a le droit d'y croire.

 

Et ça fait peur de s'autoriser à y croire. C'est vraiment effrayant. J'ai l'impression de faire une bêtise. Mais d'un autre côté, à chaque fois que j'y crois un peu plus, j'ai l'impression d'enfin reprendre réellement ma liberté.

Oui, des merdes arriveront, et continueront d'arriver. C'est la vie.

Mais ça ne doit pas nous faire peur et nous empêcher d'espérer.

 



02/04/2018
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