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Deux petits textes

Toujours dans la catégorie "retrouvés au fin fond de la clef USB", voilà deux petits textes que l'on a exhumés. Ils ont été écris il y a plus de deux ans, avant que l'on ne commence à dater nos textes.

Ils ont été écris longtemps après que les évènements qu'ils dépeignent se soient passés, donc ils ne sont pas exacts sur les détails.

 

 

 

Texte 1

- Daem, qu'est-ce c'est ?

- Mhm ?

- Ce que je sens, cette peur. Ce n'est pas moi, et ce n'est pas toi non plus. On n’est pas que deux, hein ?

- Je te l'ai déjà dit, Plume. Non, nous ne sommes pas que deux.

Allongée dans mon lit, enveloppée par l'obscurité comme la lumière est éteinte, je pris une inspiration tremblante.

Oui, Daemon me l'avait déjà dit, mais j'avais refusé de le réaliser. Deux dans une seule tête, c'était déjà beaucoup. Trop pour être normal.

- Combien ? murmurai-je.

- Ils y en a trois autres.

Je sentis son inquiétude à mon égard. J'expirai. Est-ce que j'avais le droit d'ignorer encore les autres qui peuplait ce corps avec nous ? Est-ce que ce n'était pas injuste pour eux ?

Je fermai les yeux, laissai mon esprit plonger dans ce brouillard étrange qui me donnait l'impression que les choses qui m'entouraient perdaient substance, que la réalité devenait irréelle, et suivis le sentiment de peur que je percevais.

Comment je savais qu'il ne m'appartenait pas ? Je n'en étais pas sûre. Un mélange d'instinct et de logique. Je n'avais rien qui justifiait un tel sentiment, et si je sentais la peur en moi, je n'avais pas peur.

Je remontai donc ce sentiment, et trouvai une jeune fille au bout. Une quinzaine d'année, roulée en boule, terrifiée.

- Elle s'appelle Caissie, m'apprit Daemon.

Je fis mine de m'approcher, mais la peur de Caissie augmenta et me figea. Elle avait peur de moi. Je m'accroupis et me mis à lui envoyer des images mentales rassurantes, lui promettant qu'elle ne craignait rien, que ni Daemon ni moi ne lui ferions du mal. Au bout de plusieurs minutes, elle se détendit.

- Je connais Daemon, dit-elle, avant de fermer la porte.

"Fermer la porte", une expression qui désignait bien le phénomène : elle fermait le lien entre nous et s'isolait.

Je rouvris les yeux et fixai l'obscurité, profondément chamboulée. Je ne m'étais pas attendue à une telle rencontre au fond de ma boîte crânienne. La peur de cette jeune fille réveillait tous mes instincts protecteurs. J'avais envie de l'aider, de la rassurer.

- Peut-être que tu pourras faire quelque chose, me dit Damon. Elle a confiance en moi, mais elle reste très craintive, et au final je n'ai que peu d'interaction avec elle. Elle reste souvent seule dans son coin.

J'avais envie de l'aider, oui. Mais toute cette histoire m'effrayait. Avoir un ami imaginaire qui se révélait être une personne à part entière, passe encore. Avoir une gamine totalement flippée partageant mon esprit, c'en était trop pour moi pour le moment. Je ne répondis rien à Daemon et me hâtai de plonger dans le sommeil, faisant de mon mieux pour me persuader que tout ça n'avait rien de réel, et oublier cette histoire.

 

 

 

Texte 2

- Ce prof me fait peur.

- Tu n’as aucune raison d’avoir peur, Plume.

- Non mais regarde-le… il se croit sur scène ou bien ? Et comme il met cette fille mal à l’aise… je voudrais pas être à sa place… oh mon dieu il vient vers nous !

Je regardai mon professeur de biochimie s’avancer vers moi, continuant d’expliquer l’exercice. Ses yeux se braquèrent sur moi et j'eus l'impression de me dégonflé subitement.

Oubliez-moi, oubliez-moi, oubliez-moi… suppliai-je silencieusement.

- Et donc cela signifie que c’est … ?

Raté. La question s’adressait à moi.

Je fixai le prof, le cerveau soudainement vide, seulement consciente que l’attitude du prof amusait grandement Nathan. Je ne sus jamais si ce fut le petit ou bien moi qui répondit :

- Miscible !

A la question suivante du prof, ce fut bien moi qui répondit. Mais en sentant la satisfaction de Nathan, je restai dubitative : est-ce lui ou moi qui avait répondu à la première ?

L’un de nous deux l’avait pensé au moment où l’autre l’avait dit à voix haute, et dans ma tête, j’avais eu l’image d’un enfant répondant tout fort, heureux de connaître la bonne réponse.

Et puis bon sang, comment un enfant de cinq ans pouvait-il connaître quoi que ce soit à la chimie ?!

Daemon, de son côté, semblait satisfait.

- C’est toi qui l’a laissé sortir ? demandai-je.

- Oui. J’ai sentis que le prof l’amusait, je me suis dit que ça pourrait t’aider à en avoir moins peur.

Effectivement, Nathan suivait les évolutions du prof avec tellement d’enthousiasme que j’en oubliais ma peur d’être interrogée par ce personnage qui aimait mettre les élèves dans l’embarras.

Cependant, lorsque l’on quitta le cours, je pu sentir Daemon expliquer à Nathan que cela devait rester exceptionnel.

- Plume est plus grande que toi. Si tu prends le contrôle de son corps, ça pourrait poser de gros problèmes. Donc ne le fait pas si on ne te le demande pas, compris ?

Bien qu’il soit jeune, Nathan comprenait assez bien la situation, et hocha la tête avec un air important.

 

- Caissie à toujours peur de moi ?

- Elle a peur de tout le monde, sauf Nathan, ne le prend pas personnellement.

- Je ne le prend pas personnellement, j’aimerai l’aider.

Je fixai sur mon ordinateur un regard vide tandis que je discutais avec Daemon. Je tentai une nouvelle fois d’entrer en contact avec Caissie, et sentis la pointe de peur désormais habituelle de sa part.

- Dis, je me demandais si il y a quelque chose que tu aimes faire. Daem aime bien le piano, Nathan se distrait avec n’importe quoi, mais toi ?

Je perçu son hésitation et attendis patiemment. Au bout de quelques secondes, un souvenir remonta, comme une timide suggestion : la fois où j’avais cuisiné des sablés à la noix de coco.

- Tu aimes la cuisine ?

Un sentiment d’excitation très léger, comme un acquiescement timide. Je souris puis regardai l’heure : aujourd’hui il était trop tard, mais demain nous aurions largement le temps de préparer la pâte et les sablés.

- Tu es décidée à ce que tout le monde interagisse.

Un sourire vint sur mes lèvres et je répondis à Daemon dans un murmure :

- On ne m'appelle pas "Maman Coyote" pour rien.

- C’est bien, petite Plume, fit-il et je sentis autant son approbation que sa fierté.

- Après tout, nous sommes un peu frères et sœurs.

Je sentis l’étonnement de Daemon, puis la bouffée d’affection qu’il éprouva.

- Tu as raison.

 



23/05/2018
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