Dwelt

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Le regard des autres

Ecrit par tous les plus âgés du système, surtout Daem, Plume et Alexis.

 

* TG * mention de violence, de rejet, sous-entendu d'automutilation et une certaine dose de colère * TG *

 

Un texte écrit il y a quelque temps, que certains voulaient mettre ici.

Le voilà donc.

 

 

 

Mon doigt suit cette veine au creux de mon avant-bras.

Une cicatrice mentale, invisible.

Une parmi des dizaines, des centaines d'autres.

Un esprit brisé, morcelé, à peine recousu, dont les plaies sont toujours à vif, cachées à l'intérieur d'un corps intact.

Presque une malédiction...

Les gens ne voient pas tout de suite le sang qui goutte encore, les plaies si sensibles, l'ombre de la douleur dans le regard.

Ils voient le sourire, l'entrain, une peau dépourvue de marques.

Alors ils n'imaginent pas à quel point ça peut être moche à l'intérieur.

La douleur nichée au creux du ventre, le goût de la peur dans la bouche, les dents serrées par la haine, et un réseau, comme une toile pâle, de fine cicatrices qui court sous la peau.

Un être qu'un amour malsain à attraper, mâcher, puis recracher avant de recommencer. Avant que cet être ne s'échappe, alors qu'on le jetait à nouveau.

 

Peu de gens supportent de voir le masque tomber. Ils ont peur, sont choqués, ou plus souvent, mal à l'aise.

Parce que dans leur petit monde parfait, une telle abomination n'existe pas.

La violence se résume à une petite baffe, le harcèlement à deux-trois moqueries.

Ils ne conçoivent pas que l'on puisse porter réellement atteinte à l'intégrité d'une personne, et encore moins à celle d'un enfant.

Beaucoup voudraient qu'on se taise, qu'on ne montre rien.

Qu'on ne fasse pas voler leur idylle en éclat.

Qu'on ne leur montre pas la laideur du monde, à travers la nôtre.

 

 

Désolé d'exister.

 

 

Les premiers qui demandent que tout aille bien font partie de la famille. Et souvent, ils font partie de ceux qui ont contribué aux blessures.

Les seconds qui demandent que tout reste caché, ce sont les autres. Le reste du monde.

On ne dit rien pour pouvoir se faire des amis, on agit normalement pour ne pas être mis à l'écart.

Mais les autres savent, les autres le sentent toujours, comme si l'humanité possédait un sixième sens.

Et l'on est tout de même mit à l'écart, d'une façon ou d'une autre.

Et le silence est un poison, qui se répand lentement et devient progressivement douloureux.

Alors un jour où l'autre, on parle.

 

 

Désolé d'exister. Vraiment.

 

 

Et là, les gens qui sont vraiment vos amis, qui compatissent, qui ne détournent pas honteusement le regard parce qu'ils ne peuvent supporter que vous fassiez voler leur monde en éclat, qui ne sont pas dégoûtés, qui restent malgré la peur ; ces gens-là sont rares.

La majorité de la population est lâche. Elle détourne les yeux de la violence, des viols, des meurtres, de la laideur de l'humanité. Elle s'aveugle avec le bien, le doux, et fuit ceux dont l'esprit a été abîmé.

Et en faisant ça, elle devient à son tour quelque chose de mauvais, quelque chose de laid.

Elle se détourne de ceux qui souffrent, elle en a peur et cède à cette peur. Elle se contente de l'apparence.

 

 

Désolé d'exister. Vraiment.

Je ne voulais pas que ma douleur te mette mal à l'aise.

 

 

Je ris quand ceux qui se disent tolérant, qui prônent l'amour, l'entraide, sont incapables de côtoyer des gens ayant été morcelés, violentés, des gens qui ne demandent qu'un peu d'attention et de compassion. Je ris parce que c'est une ironie terrible.

Mais ceux-là ne sont rien d'autre que des hypocrites. Des lâches qui se persuadent qu'en aidant ceux qui en ont besoin, un jour quelqu'un les aidera aussi.

Mais notre présence est un rappel effrayant que chacun est seul quand il commence à sombrer en enfer.

 

 

Désolé d'exister. Vraiment.

Je ne voulais pas que ma douleur te mette mal à l'aise.

Ne pars pas...

 

 

Tout seul, dans le noir.

Un esprit couvert de sang et de cicatrices.

Qui pourrait supporter une telle vision ?

Qui pourrait approcher malgré la peur ?

Qui pourrait aimer un tel monstre ?

 

Désolé d'exister. Vraiment.

Je ne voulais pas que ma douleur te mette mal à l'aise.

Ne pars pas...

Si tu pars, ne reviens jamais.

 

 

Je n'abandonne jamais personne.

Je n'en ai pas besoin.

Il me suffit de laisser tomber le masque

... et l'on entendra l'écho de ses rebonds...

 

 

 

Désolé d'exister. Vraiment.

Je ne voulais pas que ma douleur te mette mal à l'aise.

Ne pars pas...

Si tu pars, ne reviens jamais.

 

Parce que tu seras devenu l'un d'entre eux.

 

 

- Dwelt

 

 


 

 

Je pense qu'après coup, il y a besoin de quelques clarifications.

 

Si notre système sert d'exemple, on ne parle pas seulement de nous, ici, mais de plusieurs personnes laissées de côtés à cause de leurs problèmes et/ou handicap, par des gens qui, le matin-même, prônaient la tolérance sur Facebook.

Des gens qui se disent ouverts d'esprit, mais qui n'hésitent pas à se moquer du premier en difficulté.

 

Je les ai vu tous les jours pendant deux années, à l'université. Et je ne parle pas seulement des élèves, mais aussi des professeurs.

Nous sommes tous censés être adultes, certains sont même parents, et pourtant, régulièrement, l'amphi entier, prof comprit, se moquait d'une seule personne. D'une gamine gentille, incapable d'être méchante, qui n'avait d'autres camarades que moi, parce que personne n'était prêt à passer outre ses questions parfois candides et sa difficulté à s'exprimer, qui cachent un esprit emplit de connaissances et un humour ravageur quand elle se le permet.

J'ai pu voir aussi cette foule de gens, devant l'arrêt de bus, qui baissait la tête en feignant de pas entendre les appels à l'aide d'une femme aveugle qui ne trouvaient pas l'entrée du bus.

 

Nous sommes en 2017, mais les mentalités ne changent pas.

La différence et la douleur des autres continuent d'être source de malaise et de peur.

En soi, ce n'est pas un problème, c'est même très bien compréhensible.

Ce qui l'est moins, c'est que les gens ne rationnalisent pas, ne font pas d'efforts, même quand ils sont au courant des problèmes d'une personne.

Non, ils fuient, ou pire, ils se moquent.

Ils deviennent à leur tour ceux qui humilient, ceux qui blessent, ceux qui portent atteinte à l'autre.

 

Quand on prône la tolérance, la moindre des choses serait d'être effectivement tolérant.

 

Quant à l'humiliation, ce n'est pas une forme d'humour. C'est une forme d'abus.

Il serait peut-être temps d'apprendre à saisir la nuance entre les deux.

 

 

- Plume

 



01/06/2017
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