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Doute et déni

Ecrit par Plume

 

 

 

 

J'ai lu un jour une phrase qui m'a faite sourire : "Je n'ai pas de TDI, ce sont mes alters qui en ont".

Et dans le même genre, Daemon m'a dit un jour : "Tu devrais t'acheter un T-shirt : Le déni est mon meilleur ami."

 

Tout ça pour dire, être multiple c'est flirter avec le déni. Même quand on a une tonne de preuves, même quand les gens extérieurs nous le disent, on ne peut pas s'empêcher de penser : "et si j'inventais tout ? Et si, inconsciemment, j'essayais d'attirer l'attention ? Et si c'était mon imagination ? Et si ...?"

Quand, comme moi, on ne switch pas mais qu'on est seulement en co-présence, le déni est d'autant plus dur à surpasser, parce qu'on reste conscient. Le fait de rester conscient mais de passer les commandes, au moins en partie, à quelqu'un d'autre fait que les pensées et émotions de ce quelqu'un d'autre se retrouvent au premier plan.

C'est tellement fort que, si j'essaie vraiment de me faire discrète et me contente de sortir le seau de pop-corn pour regarder ce qui se passe, je peux oublier que je ne suis pas l'alter aux commandes. Je continue d'avoir mes propres réactions, mais elles sont presque totalement étouffées, et parfois Daemon est plus au courant de ce que je pense que moi-même. C'est étrange d'entendre quelqu'un d'autre décrire à une personne extérieure ce que tu ressens quand toi-même tu n'en avais pas conscience...

Je me sens donc "devenir" l'alter qui vient partager avec moi. Ca n'aide pas du tout à surpasser le déni.

 

Je suis la seule dans mon système à avoir affaire au déni (encore heureux...). J'ai cependant pu voir des alters d'autres systèmes doutant de leur propre existence, se demandant si ils n'étaient pas en réalité un autre alters, ou juste issu de l'imagination de l'hôte.

 

La seule technique que j'ai trouvé pour éviter de rester focalisé sur "est-ce réel ou non ?", faire disjoncté mon cerveau et partir en crise de panique, c'est de faire une liste de faits, d'évènements qui prouvent la présence des autres, et des différences notables entre nous tous.

 

Par exemple, Nathan et moi n'avons aucun mal à faire un câlin à ma compagne, mais Daemon va être incapable d'en initier un ou de se sentir vraiment à l'aise si elle lui saute au cou.

Je suis gauchère, les cinq autre sont droitiers. La dernière fois que Daem a voulu écrire, ça a été comique.

Même si je suis agenre, je fais toujours mes accords au féminin pour que ce soit cohérent avec le corps, parce que j'ai été habitué comme ça (et parce que je m'en fiche dans le fond), mais Daem fait naturellement tous ses accords au masculin. Je précise naturellement, parce que c'était à un moment où j'avais assez oublié qui je suis pour croire que j'étais devenue lui, et si l'accord masculin est sortit naturellement pour lui, moi ça m'a fait un bug au cerveau.

Il y a des tas de trucs que les uns aiment mais pas les autres : la glace à la fraise, les artichauts, la mayonnaise entre autre. Si je dis "oui" à une glace à la fraise, vous pouvez être sûr que Daem m'a laissé la place juste assez pour pas avoir à en supporter le goût.

Daemon va être capable de sourire en plein milieu d'une dispute (généralement c'est pas bon signe), alors que moi je vais plutôt avoir envie de m'enfuir en courant ou de disparaitre sous terre.

Il y a eu les deux fois notables où Daem a tenu tête à ma mère à ma place et aussi la nuit qu'il a passé à discuter avec ma compagne.

Pour Nathan, il s'est incrusté à presque tous mes TPs de Physiques (sauf celui de la mécanique des fluides, parce que "c'est nul ces tubes, et le TP est mal expliqué, y'avait rien de drôle."), a fait un petit passage non-annoncé à la webcam pour jouer au ballon, et un passage éclair le temps de faire un câlin à ma compagne et de parler du four qui faisait de drôles de bruits.

 

Daemon m'aide aussi beaucoup en soupirant très fort à chaque fois que je commence à retourner dans le déni.

Non plus sérieusement, il est le plus confiant de nous tous à ce sujet, et vu qu'on est très liés lui et moi, ça m'aide beaucoup à m'ancrer.

 

Le déni est donc une part du fait d'être multiple. On y passe forcément un jour où l'autre, et on peut y repasser à tout moment. Le moyen le plus simple d'en sortir est déjà d'être prêt à regarder les choses en face, et ensuite de poser les faits, un par un, même les plus insignifiants.

 



23/03/2017
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