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Création d'un système *TW*

Ecrit par Plume

 

 

 

Trigger Warning : Violence sur enfant, sur animaux

 

 

 

 

La théorie la plus communément admise pour expliquer la création d'un système dit que des alters apparaissent à un âge allant de 5 à 10 ans, si il y a eu un traumatisme, ou une répétition de traumatismes. Le traumatisme pousse l'esprit à se scinder en plusieurs morceaux pour endurer le choc, et certains morceaux vont se retrouver "figés" dans le temps, à un certain âge.

 Je préviens d'avance, si vous êtes sensibles à la violence, il vaut mieux s'abstenir de lire.

 

 

Dans notre cas, on ne sait pas vraiment qui est l'alter originel.

Les deux premiers alters créés sont Alix et moi. Alix s'est ensuite cachée à l'intérieur tandis que je restais à l'extérieur en tant qu'hôte. Le fait que ce soit moi qui reste naturellement à l'extérieur nous laisse supposer que je suis celle se rapprochant le plus de la personnalité d'origine, mais aucun de nous n'en est sûr à 100%.

Les circonstances dans lesquelles Alix et moi nous sommes séparées sont floues et inconnues, du moins par moi. Si Alix s'en souvient, elle ne compte pas me le dire pour le moment, mais Daem pense qu'elle sait ce qui s'est passé, que c'est elle qui détient les souvenirs de cet évènement-là, mais qu'ils ne lui sont pas accessibles, qu'elle les refoule.

 

Les deux alters suivants sont Daemon et Nathan.

Je les mets ensemble car si Nathan a cinq ans et que l'on peut supposé qu'il a été créé à cet âge, et que Daemon me certifie qu'il est avec moi depuis que j'ai six ans, je suis presque sûre qu'ils sont arrivés en même temps.

Nathan est l'un des rares, avec Alix, à n'avoir pas de souvenirs de toute la période de 5 à 16 ans. Pour eux, ces onze années-là n'ont pas existé.

Daemon, lui, se souvient bien de cette période-là comme il a été là pour aider à la traverser. C'est à cette période qu'ont commencé la violence physique, sous forme de jeu, l'humiliation et la manipulation. Daemon a toujours été là pour nous faire penser "nous d'abord" et "menace-moi autant que tu veux, je m'en contre-fiche", ainsi que pour nous guider quand mon père repartait dans ses délires et ses "jeux". C'est grâce à lui si nous avons pu passer à travers du plus gros de la manipulation, voir clair dans les manoeuvres de mon père, et nous détacher suffisamment de la situation pour prendre la fuite quand il a fallu la prendre. Il a dû parfois agir comme un tyran vis-à-vis des autres pour garantir notre sécurité, mais c'était alors le seul moyen de nous tirer de ce merdier. Si  il avait laissé Natgan, Alexis ou Caissie sortir, ça aurait été montrer des failles en plus à exploiter pour mon père et risquer d'être blessé encore plus profondément.

De plus, la colère alors incontrôlable d'Alexis nous aurait exposé à encore plus de problèmes, tant vis-à-vis de mon père que de ma mère. Mon père était doué pour l'humiliation sur plus faible que soit, et ne tolérait pas les cris et les accès de colère pure. C'est pour ça, je pense, que j'ai été créée : pour contre-balancer.

 

Je ne me suis risquée qu'une fois à répondre à une des provocations à la con de mon père, j'avais moins de huit ans, et je suis persuadée que c'est Daemon qui nous a fait nous lever de table pour courir nous réfugier dans la salle de bain, parce que je n'ai toujours aucun souvenir du moment où j'ai compris que j'avais fais une bêtise, et si je me souviens parfaitement de la course poursuite, je n'ai aucun vrai souvenir du coup de pied magistral qui a suivit quand on s'est finalement fait rattraper. Je sais que c'est arrivé, ma mère a pu le confirmer comme elle courrait après mon père pour tenter de l'arrêter, mais ce souvenir ne m'appartient pas et je n'y ai pas accès. C'est comme si j'avais regardé la scène depuis l'extérieur de mon corps et que j'avais fermé les yeux avant la fin.

 

Daemon a vraiment été l'un des trois piliers de notre groupe, permettant aux autres de s'en sortir un peu moins amochés que prévu. C'est lui qui a encaisser une bonne partie de la violence physique jusqu'à l'âge de 10 ou 12 ans. Certains des souvenirs sont assez flous, en parler avec ma mère m'a permis de clarifier plein de choses que la présence de Daemon en plus du temps avaient rendue brouillées pour tous les deux.

C'est pour cela que personne ne lui en veut vraiment d'avoir enfermé tout le monde de façon à ce que je ne sente personne, ou le moins possible. Le seul qui lui en veut, c'est Alexis, pour avoir été enfermé de façon plus restrictive que les autres, mais il comprend que Daem n'avait pas eu le choix à cette époque.

 

D'ailleurs, en parlant d'Alexis, lui et Cassandra (si on la compte comme étant aussi Caissie), ont été les derniers créés, alors que j'avais entre 7 et 10 ans.

Au départ, j'ai cru qu'Alexis n'était devenu vraiment actif que vers mes quatorze ans, quand mes problèmes concernant les interactions sociales ont vraiment commencés à être flagrant, et quand mon père a commencé à tenter de m'instrumentaliser alors que lui et ma mère divorçaient.

Mais la vérité, c'est qu'il était là bien avant. Quand la situation devenait tellement insupportable que même Daemon n'y pouvait plus rien, c'était Alexis qui prenait le relais. Et quand Alexis sortait, en général ça signait la fin du "jeu" et une engueulade entre mes parents (chose que j'ai appris bien après).

C'est une fois que l'on est devenu trop grand pour que mon père puisse continuer à avoir une emprise physique qu'Alexis a été enfermé. Il n'avait connu que la colère et vivait constemment dedans, ce qui ne nous était absolument pas bénéfique, pas alors que mon père essayait de se servir de nous pour prendre l'avantage dans le divorce. Nous avions besoin de garder la tête claire pour pouvoir voir à travers ses plans tordus, et on y a vu clair... trop clair. On a vite cerné le personnage, vite ouvert les yeux sur ses actes (venir ivre à la maison alors qu'il n'y vivait plus, prendre des médicaments pour se déclencher des hallucinations...).

C'est allé à un point où je ne voulais plus aller chez mon père parce que j'avais peur qu'il me tue car je refusais d'entrer dans son jeu, et Alexis, bien qu'enfermé, pouvait toujours sentir les émotions du reste du système à travers la barrière en place. Cette peur réelle de mourir, dont il ne connaissait pas la raison, lui a plus d'une fois fait péter un plomb, et l'a marqué. Le fait qu'Alexis, à sa façon, soit un protecteur lui-aussi et qu'il se retrouve enfermé n'a pas arrangé les choses. Les conditions dans lesquelles il est apparu sont floues, aucun de nous n'a de souvenirs précis le concernant.

 

La logique me ferait supposer qu'il est apparu en même temps que Caissie. C'est la seule dont les premiers souvenirs sont parfaitement clairs. C'est celle, avec Alexis, Nicolas et moi, qui a le plus souffert de la situation. Si Daemon faisait son possible pour encaisser les rares coups et autres violences qui pouvaient nous tomber dessus, c'est Caissie qui se retrouvait poussée en avant par la peur ambiante quand il s'agissait de torture à la fois physique et mentale assez longue, ou imprévues.

Son premier souvenir, et c'est elle qui m'a rappelé cet épisode dont je n'avais aucun souvenir, c'est la première fois que mon père, dans le cadre d'un de ses "jeux", s'est amusé à m'énerver, et voyant que je ne rentrais pas dans son jeu, à décidé que ça serait drôle de me pousser à bout en m'attachant pieds et poings avec ma propre ceinture de judo, puis de me laisser seule dans la salle de jeu pendant au moins une demi-heure/une heure. Il y a aussi eu les fois où lui et ses cents kilos s'amusait à s'allonger sur moi et mes vingt kilos pour faire mine de m'étouffer, faisant durer la chose tant qu'on se débattait et qu'on essayait de se tirer -en vain- de là.

La plupart de ces souvenirs sont maintenant partagés entre Cassandra et moi. Je suis quasiment certaine que j'occulte encore des choses, mon père était le roi pour transformer des jeux anodins en séance d'humiliation.

 

Dans le cas de Nicolas (dont je parlerais plus précisément dans un autre article), c'est la peur de la mort qui l'a créé. Dès notre plus jeune âge, on a comprit que la vie pouvait s'arrêter d'un seul coup, et un enfant ne peut pas supporter seul cette peur. Alors il y a eu Nicolas. C'est quand il a été créé, vers l'âge de huit ans, que j'ai commencé à faire des crises d'angoisse à propos de la mort presque tous les soirs, pendant des mois. En y repensant, c'était curieusement aux horaires où mes parents se disputaient, ou auraient plus tard l'habitude de se disputer. Et puis un jour, ça s'est arrêté. Mais la peur ne m'a jamais quitté, et elle est encore très (trop) forte chez Nicolas.

Il a également assisté à une ou deux expériences de mon père sur les mouches (cet homme est un cliché ambulant...) impliquant des ailes arrachées ou de l'intoxication à de la fumée de cigarette, et se souvient très bien des menaces de tuer notre chat, jeter nos peluches, brûler nos jouets.

 

Le seul dont on ne sait presque rien, c'est Varegh. D'un autre côté, il n'est pas très bavard ou enclin à partager des choses avec le groupe pour le moment.

 

Si aujourd'hui je peux parler de la plupart de ces choses, il y en a certaines qui peuvent rester des sujets sensibles pour les autres membres de mon système, et dans tous les cas, la mémoire physique en a gardé et garde encore de sacrées traces. Il y a des gestes, des contacts, pourtant anodins, qui ont ramenés à la surface des souvenirs qu'on pensait tous avoir oublié, voir dont on ignorait l'existence.

 

Se réapproprié ces souvenirs n'est pas facile. Moi-même, j'ai longtemps ressentis de la culpabilité à accuser ainsi mon père, je me disais que j'exagérais, que ce n'était pas si grave que ça... puis Daem me balançait un "pendre sa fille de six ans par les pieds par-dessus le balcon, à trois mètres au-dessus du sol, c'est pas grave ?...", j'essayais de me reprendre, mais je continuais à occulter ses souvenirs, à me dire que ce qui est du passé est passé, ça ne sert à rien d'en parler ou de revenir dessus. Dans un sens, je n'étais pas prête à les affronter, à les regarder en face, à me dire "ce sont nos souvenirs, c'est notre passé". Je voulais me convaincre que tout allait bien, parce que si tout allait bien, je n'étais pas différente des autres. Et tout ce que je voulais par le passé, c'est être normale, une fille au milieu des autres.

Maintenant, je voudrais juste avoir une vie stable. Je ne cherche même plus la normalité.

 

Encore à présent, ce passé me semble appartenir à quelqu'un d'autre, mais je sais que c'est parce que beaucoup de souvenirs sont partagé entre plusieurs membres de notre système, voir détenus par un seul d'entre eux. Maintenant que j'en ai conscience, qu'on en a tous conscience, on commence à se réappropriés petit à petit, à travers les uns et les autres, ces souvenirs. On crée en quelque sorte une base de souvenirs commune à tous, afin que certains n'aient plus à les gérer tous seuls. C'est long, ce n'est pas facile, on prend notre temps pour éviter de faire une bourde et ça réactive parfois les peurs de certains d'entre nous, mais petit à petit ça fonctionne.

 

La théorie de la création d'un système suite à un traumatisme se vérifie très souvent. Les cas qui ne rentrent pas dans cette catégorie sont rares, même si ils existent. Le traumatisme peut être autant de la violence physique, que de la violence sexuelle, que de la violence morale, que de la négligence physique ou affective. Un traumatisme n'est pas forcément vécu comme violent, surtout quand on est enfant et que, pour nous, la situation est habituelle.

 

 



29/03/2017
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